Horloge d'édifice P. Odobey (Musée Matheysin)
Cette horloge d'édifice de la fin du XIXe siècle des ateliers L.-D. Odobey Cadet situés à Morez (Jura) a équipé l'hôtel de ville de La Mure de 1892 à 1980. Avec trois corps de rouages, elle sonnait les heures sans répétition sur une cloche et les quarts sur deux autres cloches, et marchait 8 jours pour un remontage.
Type d'horloge : horloge d'édifice ; Horizontale
Période : 19e siècle
Fabricant : Louis Delphin Odobey ou Paul Odobey
Revendeur : Badier-Paulin
Lieu de fabrication : France ; Bourgogne-Franche-Comté ; Jura
Lieu de conservation : France ; Auvergne-Rhône-Alpes Isère ; La Mure ; Musée Matheysin
Indications : Heures ; Minutes
Rouages : Mouvement ; Sonnerie des heures ; Sonnerie des quarts
Échappement : Chevilles
Type de mécanisme : Édifice ; Triangulaire
Sonnerie : Heure décomptée ; Répétition de l'heure ; Quarts
Type de sonnerie : Mécanisme avec râteau
Média de sonnerie : Cloches multiples
Force motrice : Mécanisme à poids
Les horloges d’édifice à La Mure
par Guillaume Benoist
Directeur du Musée matheysin à La Mure
Extrait de Mémoire d’Obiou n° 29 paru en mai 2024 – revue annuelle des Amis du Musée matheysin 10
Quiconque traverse La Mure peut apercevoir plusieurs monuments publics d’envergure datant de la IIIème République. En 1886, Les Murois ont élu maire Alfred Chion-Ducollet[1], un homme entreprenant et ambitieux ; ils voient leur bourg alpin devenir une ville moderne. Quelques-uns ces bâtiments se trouvent couronnés d’une horloge équipée de cloches.
L’heure monumentale est un progrès qui exprime une certaine prospérité de La Mure, à une période où la cité matheysine entend bien asseoir son statut de capitale régionale. Hasard ? Les horloges retenues sont achetées auprès d’une entreprise grenobloise ayant des origines muroises : la maison Badier & Paulin.
Négligé depuis cinquante ans, ce patrimoine est aujourd’hui en péril : mécanismes disparus, démontés ou au mieux abandonnés, cadrans originels disparus, cloches muettes ou déposées… l’encyclopédie numérique Chronospedia contribuera à la (re)connaissance de ces richesses qui interrogent encore et, dans certains cas, à leur sauvetage.
La première horloge monumentale de La Mure ?
Au Moyen-Âge, La Mure est une cité ceinte de remparts avec en son centre le château du Dauphin. Hors les murs, un prieuré bénédictin s’étend vers l’Est autour de l’église Notre-Dame. Son clocher rythme la vie de cette communauté masculine et de la paroisse.
Convertie au protestantisme, La Mure est défendue par le jeune Lesdiguières[2] . Ce dernier renforce les murs de défense, détruit l’église et le prieuré dont les pierres fournissent la matière première à une citadelle sur les hauteurs de la ville. Vainesforteresses… Les guerres de Religion sont fatales à La Mure. En 1580, le siège dure un mois. Les 1 500 habitants sont défaits par les 8 000 Catholiques du Duc de Mayenne et son artillerie. Une des gravures figurant sur le plan du siège[3] présente les régiments encerclant le bourg.
On distingue les portes d’entrée de ville dont la principale : la porte Magdeleine support d’un cadran rond gradué… est-ce une horloge ? L’érudit local René Reymond l’affirme sans développer ce détail absent des autres gravures relatives à l’évènement. Aucune autre information ne vient préciser la date de ce mécanisme éventuel (contemporain ou postérieur à la tour Magdeleine ?) ni ses caractéristiques. S’il s’agit bien de la première horloge publique muroise, il faut souligner la précocité d’un tel équipement pour une cité modeste en terme de population, et distante de Grenoble d’une bonne journée de cheval.
Dévastée, la ville renait lentement de ses cendres durant le 17ème siècle. Un nouveau couvent de moines capucins pourvu d’une chapelle est construit cette fois-ci au sud de la ville, alors que la reconstruction de l’église s’achève en lieu et place de la précédente, mais sans bâtiments conventuels. Le clocher est terminé vers 1675 sans que soit attestée la présence d’une horloge Ses clochesmarquent à nouveau les étapes de la vie quotidienne. Qu’en est-il de l’heure ? Un dessin des années 1900 fait de la main d’un voisin montre une horloge (voir Mémoire d’Obiou n°28 p. 125). On voit aussi un cadran et ses aiguilles sur une photo de l’église datée de 1885 par Victor Miard qui la publie tout comme René Reymond bien des années plus tard. De façon certaine, la ville n’est pourvue d’une horloge intra muros qu’au 18ème siècle. Notons ici qu’aucun cadran solaire n’est à notre connaissance attesté à La Mure.
[3] Document de la BNF à Paris, copie exposée au Musée matheysin dans l’espace sur les guerres de Religion.
La tour de l’horloge de la Grande-Rue dite « beffroi »
Au Moyen-Âge, la Grande-Rue est l’axe majeur de la ville intra-muros menant à un marché couvert exigé par Jean II Dauphin en 1309. Cette rue et la halle sont reconstruites après le siège de 1580. En 1695, l’« horlogeur[4] » Latour établi à Corps, à 20 km de La Mure, conçoit « pendulle » et sonnerie sur une cloche d’environ200 kg (« quatre quintaux ») pour desservir une tour ronde de 2,50m de diamètre. Cette dernière est envisagée par un certain Toscan. « Cependant » ajoute Victor Miard, à cette première horloge est finalement préférée celle de Louis Corruol établi à Crest (Drôme). Fournie en 1711, l’œuvre de Corruol qui remplaçait celle de 1695 s’avère en mauvais état (rouillée) et « n’a pas été fabriqué[e] solidement[5] ». Même constat pour la tour Toscan, qui est rasée par la municipalité en 1718 pour laisser la place à une nouvelle tour carrée cette fois-ci et érigée en 1719-1720. L’édifice est coiffé d’un dôme surmonté d’un domitton pour loger la cloche. Le Père Mathias, moine capucin, est chargé de l’entretien et du fonctionnement de l’ensemble terminé en 1722.
En 1733, la « grosse cloche pour la sonnerie et le couvre-feu » mentionnée par V. Miard est remplacée par un modèle dont les inscriptions ont été relevées en 1955 par l’historien murois : « Tinbre fait dans le mois d’aust en 1733 pour servir à l’horloge publique de La Mure aux soins de Monsieur Dupivol [voir sa maison au n°41 de la rue] capitaine châtelain et de Messieurs Caral et Terrier consuls par Alexis Jolly Me fondeur de Brevannes en Lauraine. Pois de 1 000 » (soit un diamètre de 90/95 cm selon Miard, et près de 500 kg).
A la suite de cette cloche, une troisième horloge s’impose… La commande est confiée au grenoblois Sylvestre en 1764, il conçoit probablement une horloge à cage en fer forgé. Au 19ème siècle, l’horloger voisin, Joseph-Gabriel Prost natif des Rousses (Jura) en avait la charge. Est-ce le cadran de cette horloge qui est visible sur une photo de 1881 ? On voit les chiffres romains faisant cercle inscrits dans un format carré. L’horloge actuelle dans un nouveau cadre rond en ciment moulé est, quant à elle, fixée le 15 mai 1890, au moment de la restauration du bâtiment. C’est la deuxième commande passée à la maison grenobloise Badier & Paulin par la municipalité du maire Alfred Chion-Ducollet ; nous y reviendrons.
En 1778, une fontaine est ajoutée à la base de cette tour. Celle-ci a toujours été partiellement habitée, avec au rez-de-chaussée une boutique, jusque dans les années 1960 ; la dernière échoppe était « armes & commerce » de Philippe Froment. De nos jours, les deux premiers niveaux sont une même propriété habitée.
[5] Dans son livre sur les Capucins de La Mure, René Reymond aborde ce sujet d’après les archives municipales (n°15).
La municipalité de La Mure cliente des horlogers Badier & Paulin
En 1886, Alfred Chion-Ducollet est élu maire La Mure puis réélu de jusqu’en 1912. Durant 26 ans, ce notaire va transformer la ville en commençant par la pourvoir de nouveaux établissements scolaires. Un collège est inauguré en 1888, le même jour que la ligne de chemin de fer reliant La Mure à Saint-Georges-de-Commiers, aux portes du bassin grenoblois. Ces deux bâtiments disposent de leur horloge ; la compagnie ferroviaire est en contrat avec le Parisien Paul Garnier[6] pour donner l’heure sur le quai. Quant au collège, on fait appel aux Grenoblois Joseph Badier & Armand Paulin établis 2 place aux Herbes à Grenoble. Il se trouve que Joseph Badier est né au Villaret-Reynaud à Sousville, et que son frère Basile, horloger lui aussi, a repris l’affaire paternelle rue des Fossés. Tous deux meurent en 1901.
Cette première commande en annonce trois autres : une horloge neuve pour la tour de la Grande-Rue en 1890 ; en 1892, il faut équiper le nouvel hôtel de ville. Enfin, entre 1907 et 1912, le projet de l’hôpital-hospice intègre une horloge dans le fronton du monument[7] . La paroisse de son côté sollicite les deux associés engagés aussi pour la nouvelle église Notre-Dame-de-l’Assomption, dessinée par l’architecte diocésain Alfred Berruyer (sanctuaire Notre-Dame de La Salette, églises Saint-Bruno de Grenoble et de Voiron etc.). Ce chantier engagé en 1887 s’achève en 1900. En 1901, le clocher-porche arbore un large cadran circulaire Badier & Paulin avec des alvéoles rondes pour loger les chiffres. On notera les dimensions impressionnantes des aiguilles[8].
[7] Sur le cadran, « A. Paulin Grenoble », la mention Badier a disparu car après le décès de Joseph Badier, la maison est devenue A. Paulin, successeur. C’est bien le nom d’Armand Paulin qui figure sur les devis et contrats passés avec la mairie."
[8] L’heure est désormais figée à 8h40… le monument est bâti avec du ciment moulé mal préparé. La flèche dut être retirée en 2010, et le clocher souffre encore de mouvements de structures qui impactent le cadran et bloquent l’heure. Quelques pièces du précédent mécanisme gisent au sol.
Le cas de l’hôtel de ville
Le 31 mars 1892, le maire de La Mure Alfred Chion-Ducollet signe un nouveau traité avec Armand Paulin, « fabricant d’horlogerie [2] place aux Herbes à Grenoble » pour « 1/ une horloge monumentale à sonnerie 2/ les paratonnerres ». Précédemment, ce même horloger avait pourvu La Mure de deux autres horloges monumentales : une pour le collège (1888), et la seconde pour le « pavillon municipal » (beffroi pour les Murois), chacune munie de deux cadrans.
Cette nouvelle commande est destinée au futur hôtel de ville de La Mure sis place de la Liberté, en passe d’être achevé. Dans le traité approuvé par une délibération du Conseil municipal, l’article 2 stipule notamment que l’horloge sera « établie en première qualité de fabrication à trois corps de rouages, fonctionnant huit jours pour un remontage. Elle sonnera les heures sans répétitions sur une cloche et les quarts, deux coups pour un quart sur deux autres cloches. Elle transmettra l’heure sur un cadran extérieur transparent [ce cadran d’origine n’existe plus]. Toutes les roues seront en bronze de première qualité, croisées à cinq bras et épaisses sur les dents (…). En résumé ladite sera construite suivant toutes les règles de l’art ». La commande a été honorée à temps et l’hôtel de ville de La Mure est inauguré le 22 septembre 1892.
Des mécanismes du Jura
La Maison Badier & Paulin vend et installe des horloges mais elle ne les fabrique pas. Les mécanismes sont produits par l’entreprise de Louis-Delphin Odobey Cadet à Morez-du-Jura (1827-1906). « [Elle est créée] en 1858 à Morez (Jura) [et] deviendra l'une des plus importantes maisons d'horlogerie d'édifice de France. La société est ensuite reprise par trois de ses fils, Victor, appelé Émile, Jules et Albert. Celui-ci reste seul avant de la céder à son tour à son fils Georges qui devra arrêter l'entreprise en 1964. De plus, en 1880, le fils aîné de Louis-Delphin, Paul, crée lui aussi son entreprise d'horloges d'édifice. Les horloges Odobey sont installées dans toute la France. Avec les fabriques Prost (Paget), Cretin-L'Ange et Bailly-Comte, nous avons là l'essentiel de la production morézienne d'horloges d'édifice. Ces horloges sont techniquement remarquables du point de vue de leur conception et de leur exécution[9] ». Notons que les Prost en question sont peut-être des parents de Joseph-Gabriel Prost (horloger Grande-Rue à La Mure) père lui-même d’Eugène, successeur installée non loin rue Croix-Blanche. Badier & Paulin se fournissent auprès de l’une des meilleures adresses d’alors pour doter La Mure des modèles suivants identifiés par Olivier Condemine quand il a pu approcher les mécanismes.
Lien vers l'image source sur le site Les horloges d'édifice
Lycée (1888) : horloge L.-D. Odobey Cadet, à deux corps de rouage, sonnant les heures, répétitions et demies sur une cloche, avec remontoir d'égalité, marchant 8 jours pour un remontage.
« Beffroi » (1764 et 1890) : un marteau de tintement de la cloche, s'il est toujours en place, serait le seul témoin de l'ancienne horloge Sylvestre de 1764 ; concernant l’horloge de 1890, c’est un mouvement L.-D. Odobey Cadet, à deux corps de rouage, sonnant les heures, répétitions et demies sur une cloche, marchant 8 jours pour un remontage.
Mairie (1892) : horloge L.-D. Odobey Cadet, à trois corps de rouage, sonnant les heures sans répétition sur une cloche et les quarts sur deux autres cloches, marchant 8 jours pour un remontage, balancier avec dispositif original pour le réglage.
Nouvelle église Notre-Dame (1901) : horloge L.-D. Odobey Cadet, à trois corps de rouage, sonnant les heures, les quarts et probablement les répétitions des heures.
Hôpital-Hospice (probablement vers 1912) : bien que le mécanisme ait disparu et qu’aucune photographie ne soit disponible à ce jour, l’horloge sortait très probablement des ateliers L.-D. Odobey Cadet ; horloge à trois corps de rouage, sonnant les heures sur une cloche Paccard de 1905 et les quarts sur deux autres cloches Paccard (aussi de 1905) ; sonnait probablement les répétitions des heures.
Un patrimoine négligé
Revenons à l’hôtel de ville au sommet duquel le « cadran transparent en verre émaillé heures vitrifiées inaltérables composé de treize cartouches montés sur un châssis en fer à T peint en blanc et mesurant un mètre vingt centimètres de diamètre total, les minuteries à longs canons, les aiguilles équilibrées et vernies noires (art. 3 du traité de 1892) … » a été remplacé. En 1982, l’explosion du night-club « Walker Dance », qui souffla les vitres du quartier, ne serait pas étrangère à cette décision.
Le cadran actuel sans signature est apposé par les Ets Bodet. Ces derniers sont en charge des horloges publiques muroises depuis octobre 1976. Le nouveau cadran arbore des chiffres romains non pattés avec un inattendu IV… Non loin, l’église Notre-Dame se trouve affublé du même chiffrage en contradiction avec la tradition horlogère d’arborer un IIII.
A l’automne 1988, déclaré « hors d’usage » par les Ets Bodet, le mécanisme est séparé de son chevalet puis déposé au Musée matheysin (alors en cours de création). Il intègre officiellement les collections du musée municipal avec le n°1997.2.1.
L’électrification de l’horloge daterait de ces mêmes années 1980.
La maintenance
Pour cette partie, nous renvoyons le lecteur à Mémoire d’Obiou n°28 : « Henri Pellegrin, mécanicien-mineur, horloger à ses heures ». Ajoutons ici que l’électricien murois André Escallon s’essaya brièvement à l’entretien des horloges municipales avant 1976.
(extrait suivant issu de : Guillaume Benoist, « Henri Pellegrin (1891-1983) mécanicien-mineur, horloger à ses heures », Mémoire d’Obiou n°28 2023) « L’entretien des horloges publiques revenait aux horlogers tels Joseph-Gabriel Prost, natif des Rousses dans le Jura et établi Grande-Rue à La Mure. Parfois, ces professionnels ont délégué ce travail à des mécaniciens. Ainsi Joseph Peters demande à Henri Pellegrin (employé « au jour » aux mines de La Mure) de veiller sur les rouages de La Mure et d’ailleurs entre 1950 et 1965. Avant Peters, Auguste Vecque, horloger-bijoutier, avait signé un contrat avec la mairie de La Mure, contrat renouvelé en décembre 1945 pour le « remontage et entretien des horloges » contre 3 750F/an.
En juin 1948, le Conseil municipal indemnise d’une part Philippe Froment pour le remontage de l’horloge du beffroi, dans lequel il vivait de son commerce « armes & cycles ». D’autre part le curé archiprêtre veille sur l’horloge de l’église Notre-Dame (1 000 F/an chacun). Quant aux mécanismes du collège, de la mairie et de l’hôpital, leur mise à l’heure faisait partie des tâches des concierges respectifs.
En 1965 intervient la Maison Huchez & Cie à Aubenas (07). Elle signe un contrat reconduit jusqu’en 1976 pour l’entretien des horloges, assuré par Roger Méjean. Bien des années plus tôt, cet ancien cuisinier de la marine marchande atteint de la tuberculose avait subi une lourde opération. Plusieurs mois de convalescence furent nécessaires au château de Ponsonnas, à 1 km de La Mure, converti depuis « octobre 1959, en centre de post-cure pour tuberculeux stabilisés et convalescents de chirurgie thoracique » (cf. Victor Miard : La Mure et la Matheysine à travers l’Histoire, 1965 p. 295). Avec d’autres pensionnaires, cet ardéchois a pu suivre une formation professionnelle « sur la terrasse [où] une construction supplémentaire abrita un atelier d’horlogerie et une salle de comptabilité » (ibid). Roger Méjean rentra à Aubenas guéri avec son diplôme d’horloger-monteur-mécanicien dans une main, et dans l’autre la main d’une fille du pays. Le couple revenait donc à La Mure pour les horloges et la famille.
Depuis 1976, la mairie de La Mure est liée aux établissements Bodet (49). Cela impliquait malgré tout des soins de la part des agents municipaux. Plusieurs années durant, Jean-Marc Galvin est chargé de remonter l’horloge du beffroi de la Grande-Rue, jusqu’à la conversion électrique. A l’été 2000, mandatée par la municipalité, l’entreprise Bodet remplace le mécanisme « par une horloge électronique automatisée et commandée par satellite, l’alimentation électrique étant fournie par le secteur et une batterie d’accumulateurs » (Le Dauphiné Libéré du 21 juillet 2000). Depuis, le mécanisme git sur le flanc partiellement démonté, attendant des jours meilleurs »
L’électricité condamne les mécanismes Badier & Paulin
Après l’heure de la mairie, celle du « beffroi » est électrifiée. La tour est pourvue d’ « une horloge électronique automatisée et commandée par satellite[10] (sic)» selon Le Dauphiné Libéré du 21 juillet 2000. Le mécanisme d’origine git sur le flanc, ses poids sont déposés sur le palier inférieur[11] . La cloche demeure muette, peut-être à cause de la proximité immédiate avec les logements voisins (la tour en partie habitée est très enclavée).
A l’hôpital, nul ne connait la date et la cause de la disparition du mécanisme. L’horloge a surtout perdu son élégant clocher. Fragile et donc prétendument périlleux, le campanile est scié en avril 2021. Les trois cloches signées Paccard (Annecy) sont déposées au musée en attendant leur réinstallation promise lorsque les toitures et le campanile seront refaits.
Seul le collège – devenu le lycée de la Matheysine- a préservé son mécanisme in situ et en état grâce aux agents d’entretien bien que l’horloge soit elle aussi actionnée par l’électricité. La salle garde les signatures des diverses personnes venues remonter ou réparer le mécanisme. On lit ainsi « 45 degrés de chaleur juin 1888 A. Paulin » ! Comme le beffroi, le mécanisme actionne deux cadrans. Côté jardin : le cartouche central et le chiffre IIII ont été remplacés et les aiguilles ne sont pas d’origine ; côté cour : le cadran est d’origine et a conservé tous ses cartouches en cuivre émaillé.
L’heure de la prise de conscience
En 2012, les services municipaux descendent le chevalet du mécanisme de la mairie pour le restaurer ; l’ensemble de nouveau reconstitué est exposé dans le hall d’entrée de la mairie de La Mure, puis il rejoint le palier du 2ème étage (entre la salle du Conseil et la salle des Mariages). Les réserves du musée gardaient le balancier et la manivelle de remontage. L’occasion d’un projet collectif va permettre de réunir les pièces.
Entre le 31 janvier 2023 et le 31 mars 2023, le chevalet, le mécanisme, le balancier et la manivelle sont confiés à l’atelier L’Horloger de La Croix-Rousse (69) dirigé par François Simon-Fustier, maître d’art en horlogerie. Le 1er avril 2023, le mécanisme de l’horloge Badier & Paulin intégralement nettoyé est dévoilé au public du Musée matheysin dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d’Art, préliminaires de l’exposition temporaire 2023-2024 Le Temps conté, heures & horloges matheysines. L’ensemble jouxte sa version numérique, puisque le mécanisme a été numérisé en 3D et en mouvement avec une série de captures sonores enregistrées par Mylène Pardoën, archéologue du paysage sonore au CNRS[12]… Des micros ont saisi les cliquetis, les bons et mauvais bruits d’engrenages et de sonneries. C’est une première étape de la présentation au public de l’encyclopédie numérique universelle chronospedia.com.
[11] Bien que démonté et déposé, le mécanisme semble complet et pourrait être restauré et reposé à son emplacement d’origine.
[12] Elle est notamment lauréate du Geste d'Argent 2021 (métiers d'art et mémoire), lauréate du prix Suzanne Srodogora 2021, Médaille de Cristal CNRS 2020 et experte scientifique pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris
Sources :
- Archives municipales de La Mure (dépôt aux archive départementales de l’Isère) : 1 M 13 (« beffroi »), 1 M 17 (hôtel de ville)
- Victor Miard : La Mure et la Matheysine à travers l’Histoire, SADAG, 1965
- René Reymond : Les Capucins à La Mure, chez l’auteur, 1993
- horloge-edifice.fr
- Olivier Condemine
Remerciements :
- Konstantin Protassov, professeur de physique et président du Centre des Technologies Avancées (ICAT), Université Grenoble Alpes (UGA).
- François Simon-Fustier, maître d’art, Horloger de La Croix-Rousse sis 30 Chemin de Crépieux 69300 Caluire-et-Cuire et son équipe
- Olivier Condemine, spécialiste du patrimoine horloger et campanaire en Isère
- Les nombreux contributeurs et collectionneurs au nombre desquels figure la commune de Nantes-en-Rattier qui nous a confié le mécanisme Mayet (1913) de son église.
Restauration de l'horloge
La restauration intégrale du mécanisme horloger de l’hôtel de ville de La Mure (38) de ville a été réalisée en 2023 par François Simon-Fustier, maître d’art, Horloger de La Croix-Rousse et son équipe.